L ' Histoire des Goumiers, de 1908 à 1956
Les goumiers n'existent plus de nos jours, que dans la mémoire des anciens.
Ils ont pourtant eu une existance bien remplie. Au fil des ans, leur nombre
va augmenter, et ils vont entrer dans la seconde guerre mondiale aux côtés
des alliés. Voici les principaux moments forts de leurs cinquante ans
d'existence:
Nota: On ne confondra pas goum et goumier: "Goum"n'est pas l'abréviation
de "Goumier", mais représente un groupement de goumiers. Pour
plus de renseignements, voir la rubrique La
structure des troupes.
- Naissance et régularisation.
Comme on a pu le voir dans la rubrique précédente, Origines géographique et culturelle, la naissance de ces unités d'élite remonte à 1908, avec la création de six premiers goums qui formaient une sorte de gendarmerie irrégulière assurant des missions diverses sur le territoire marocain, telles que des patrouilles ou des missions de reconnaissance. Ils subiront dans ces missions leurs premières pertes en 1910, puis entreront dans Marrakech en 1912. La création des goums est alors considérée comme un succès et ils seront régularisés cinq ans après leur naissance, en 1913, ce qui les plaça sous l'autorité militaire française.
- De la première guerre mondiale aux portes de 39 -45.
Les goumiers ne sont pas intervenus dans la première guerre mondiale. Cependant, ils oeuvraient activement pour la France en maintenant l'autorité française au Maroc alors que le pays se dépourvait de ses troupes. Ils montraient que l'autorité française ne fléchissait pas. De 1918 à 1933, le contrôle des français s'étend aux régions montagneuses, ce qui entraîne une augmentation du nombre des goumiers: on passait de 25 goums en 1920 à 48 en 1933. Pendant ce temps, en 1925 - 1926, les goumiers sont engagés dans des missions contre la révolte du Rif. La composition des goums évoluent alors: certains goums sont entièrement montés à cheval, d'autres partiellement. Il faut cependant noter qu'il y avait très peu de goums méharistes. Les officiers français sont réduits à 2 par goum, parfois un seul. En 1933, le capitaine Boyer De Latour Du Moulin est sauvé par un caporal goumier au prix de sa vie. C'est cet évènement qui semble confirmer sa fonction de futur Résident Général. (pour plus de détails, voir sa biographie). Cette même année, les gouiers subiront des pertes importantes aux combats du djebel Sagho, lors de l'ultime campagne de pacification: le 34eme goum perdra la moitié de son effectif et presque la totalité de ses cadres français. On recense dix goums engagés dans ces opérations de pacification et 25 autres dans le moyen Atlas.
A l'aube de la seconde guerre mondiale, on envisage d'employer les goumiers hors du Maroc pour participer à de diverses campagnes. (voir pour cela la rubrique "les campagnes de la 2nde guerre mondiale"). Ce n'est qu'en 1937 que les différents goums (plus de 57...) vont voir leur numérotation réorganisée. On crée ainsi des goums auxilliaires pour que chaque goum puisse établir un second, voire un troisième goum de réserve. Chaque goum de réserve porte le même numéro que le goum dont il est issu, précédé de 1 ou de 2 selon le nombre de goums de réserve.
- L'entrée en guerre interrompue des goumiers
A la mobilisation de 1939, on dénombre 126 goums. Les trois Groupements de Tabors Marocains (GTM) sont envoyés à la frontière Lybienne, au sud de la Tunisie. Ils participeront avec succès à l'attaque d'un poste italien du 24 au 26 juin 1940. Cependant, la France, en difficulté avec les défaites de la "guerre éclair" va signer l'armistice le 22 juin 1940. Les goumiers se trouvent alors en difficulté: ils risquent d'être désarmés. Les accords d'armistice réduisent la force militaire. Le général Guillaume décide alors de camoufler les goumiers en une force de police intérieure ("mehallas chérifiennes") pour échapper à la surveillance des commissions d'armistice. On fait face aux réductions d'effectifs en créant des "travailleurs auxilliaires" (d'autres goums déguisés).
Cependant, en fin 1941, le général Guillaume organise 4 GTM de trois tabors chacun et dix autres tabors sont regroupés dans les montagnes du Maroc où du matériel a été caché et dans lesquelles ils sont formés. On les prépare aux offensives futures. En novembre 1942, 102 goums sont prets à entrer en campagne.
- La reprise des combats, 1943
A partir de la remilitarisation de l'armée d'Afrique du Nord en 1943, les Goumiers vont être de tous les combats.
La Tunisie, tout d'abord, où,
au sein de la Division de Marche du Maroc ils vont combattre les Italo-Allemands
sur la dorsale, puis jusqu'a la reddition des forces de l'Axe au Cap Bon.
Les assauts seront
lancés avec de telles forces qu'ils enthousiasmeront les officiers alliés.
Le Général Alexander leur rendra hommage et le Général
Patton, spécialiste des actions rapides et en force, demanda à
l'Etat Major Français de lui adjoindre un Goum pour son attaque sur la
Sicile. Le 4e Tabor lui fut accordé. Il protégea son flanc droit
lors de sa progression sur Palerme et sur Messine.
Ces troupes étant montagnardes, elles excellaient dans les progressions
dans les régions accidentées, là ou les véhicules
à moteur ne pouvaient pas passer. Les 1e, 2e et 3e GTM sont restés
au Maroc où ils complètent leur équipement et leur entraînement.
La Campagne de Sicile s'achève pour le 4e Tabor, et lui aussi est renvoyé
au Maroc où il va reprendre ses activités de maintien de l'ordre.
En Tunisie et en Algérie
se forme le CEF (Corps Expeditionnaire Frannçais) Les Alliés ont
débraqué en Italie et dans leur marche sur Rome, les forces Italiennes
vont cesser le combat les unes après les autres. Les Allemands, quant-à
eux, s'accrochent aux flancs des montagnes, et bientôt les Alliés
vont être arrêtés par la ligne Gustav et son bastion principal
du village de Cassino. Contrairement à ce qui a été dit,
les Allemands n'avaient pas fortifié le monastère et se tenaient
hors d'un rayon de 300 mètres. Les attaques Anglo-Américaines
se brisèrent sur les positions tenues par les paras allemands, les fameux
«Diables Verts». Malgré la destruction du monastère par l'artillerie
et l'aviation alliée, les Anglo-Américains ne progressent pas
d'un mètre. La forteresse reste inexpugnable en dépit du sacrifice
des Polonais et des furieux assauts des Néo-Zélandais et des Canadiens.
Le Général Juin, commandant du CEF, propose alors pour la 3eme
fois à l'Etat Major du Général Clark son plan pour percer
la ligne. Il visait à contourner Cassino et le prendre à revers
grace à l'occupation des pics de montagne environnants. Ce n'etait pas
partie facile et les Goumiers étaient bien sûr en pointe. Accompagnés
de leurs fidèles «brels», des mulets chargés de matériel,
les Goumiers subirent de lourdes pertes dans l'assaut des pentes des Apennins.
Pourtant, ils avancaient toujours, attaquaient les positions à la grenade
et à l'arme blanche, ils s'étaient spécialisés dans
les combats de nuit. Redoutables tireurs, ils avaient une vue perçante
aux heures de chasse dans l'Atlas. Les Goumiers chargés du service des
pièces de mortier le font sans appareil de visée et règlent
à l'oeil leur arme. Le premier coup est trop court, le deuxième,
trop long. Le troisième fait mouche. Les Goumiers ne craignaient pas
l'ennemi, alors qu'il est interdit de singaler sa position la nuit (les véhicules
roulant feux éteints), les Goumiers allument de grands feux de bivouacs
au flanc des collines...sous les yeux même des Allemands, affichant clairement
leur mépris de la mort. Les goumiers emplissent leurs ennemis d'effroi,
la sauvagerie de leurs assauts et le fait qu'ils fassent très peu de
prisonniers provoquent des réactions chez l'ennemi, qui cherche à
éviter le combat contre ces «combattants du Diable», tel que les appèle
le Maréchal Kesselring. Afin de les dissimuler, on dote les Goumiers
du fameux casque US Modèle 17 «plat à barbe» afin de les faire
passer pour des soldats du Commonwealth.
Mais cela ne suffit pas. Les Goumiers forcent encore et toujours la défense allemande. Le Garigliano est franchi et les Goumiers ouvrent la route de Rome, où les alliés entrent le 4 juin 1944. Le CEF a rempli sa mission et les généraux Clark et Alexander adressent leurs félicitations aux Goumiers du Général Guillaume. Petit à petit, le CEF est retiré du front car une autre campagne les attend.
- La campagne de Provence, août 1944
Le 18 août 1944, les trois GTM débarquent par échellons sur les plages proches de Cavalaire, petite commune Varoise du sur de la France. Ainsi commence la campagne de Provence. Les Goumiers embarquent à Naples et les marins de la Royal Navy ont eu bien de mal à les faire monter à bord. Ce n'est en effet pas une unité régulière constituée de soldats bien rangés qui monte sur les bateaux de la Navy, mais une foule indéfinissable: il faut imaginer une armée antique, biblique avec armes, bien sûr, mais aussi femmes, troupeaux et bagages en tous genres, des véhicules de toutes sortes et de tout partout. Les Etats Majors Français et le Général De Gaulle en tête se sont demandé s'il fallait faire combattre les Goumiers sur le sol national, ne connaissant pas très bien l'indiscipline de ces soldats. Mais le Général De Lattre de Tassigny commandant la Première Armée Française insiste: «Il me faut les Goumiers». Alors on les embarqua. Combien sont-ils? On ne savait pas, au juste. Le General Guillaume disait lui-même: «Lorsqu'on parle de 1000 Goumiers, on pense 2000 et on en embarque 6000». Ces hommes ne sont répertoriés sur aucune liste d'armée. Ils viennent par respect de la parole donnée, pour la guerre et pour les razzias. Des recrues du Maroc sont venues grossir les rangs des Goums présents. Une fois débarqués en Provence, ils sont dirigés sur Cogolin. La bataille de Toulon fait rage et ils participent à l'attaque du Mont Faron, surplombant la ville. Mais De Lattre veut aller vite: il faut prendre Marseille, un port en eaux profondes pour débarquer des renforts. Alors, les trois GTM poussent sur Marseille les Spahis et les Cuirassiers les précèdent, mais eux progressent par la route. Les Goumiers coupent à travers les collines en ce mois d'août étouffant. Des combats sporadiques ont lieux. Ils atteignent Gémenos qu'ils délivrent avec les Cuirassiers. Là, les trois GTM se scindent en trois groupes et suivent trois routes différentes. Le 1er GTM attaquera au Nord de Marseille par Peypin et Chateau Gombert. Le 2e, au centre, fera sauter le verrou d'Aubagne et attaquera en direction du vieux port de Marseille. Le 3e suivra la côte par Cassis, La Ciotat jusqu'a Marseille.
Si la progression des 1er, 3e GTM n'est pas une partie de plaisir, c'est celle du 2e GTM qui fut la plus rude. Aubagne doit être prise pour pouvoir prendre Marseille. De Lattre le sait et les Allemands aussi. Les assauts des Cuirassiers sont repoussés et ils doivent attendre les Goumiers. Ceux-ci arrivent du Col de l'Ange par Cuges et attaquent la ville par deux côtés. Les combats sont rudes surtout autour du monastère des Passons où le 3e GTM a installé son Poste de Commandement. C'est là que les Allemands contre-attaqueront, dans la nuit du 20 au 21 août. On se bat à l'arme blanche... et même à la pelle portative!
Mais après de sanglants combats, Aubagne est délivrée, et Marseille investie. De nos jours, des plaques commémorent à Aubagne les combats du 20-21 août. Au cimetière des Passons, un carré militaire est dédié aux Goumiers dont nombreux sont inconnus. Sacrifice ultime d'hommes dont on ne savait pas le nom pour une patrie qui n'etait pas la leur. Ils sont Aubagnais aujourd'hui par leur sang versé.
Pour la petite histoire, il y avait voila maintenant 60 ans dans la montée du Pin Vert, un menuisier qui logeait au 1er étage à l'angle de la rue conduisant à la clinique Fallen, et avait son atelier au rez-de-chaussée. Le Général De Lattre demeura dans cette maison lors de la bataille de Marseille. Les Goumiers qui constituaient sa garde logeaient dans l'atelier. Le matin, après s'être rasé dans le casque d'un Goumier, il partit et fit dire à ses hommes qu'ils devaient laisser l'atelier tel qu'ils l'avaient trouvé. A son départ, pas un livre ne manquait...
Les Goumiers participèrent à la messe de la libération donnée à Notre Dame de la Garde, à Marseille. Ils furent bénis par l'Abbé qui y officiait. Après tout, n'avaient-ils pas été reçus par le pape lui-même, à Rome? Touchante attention de ces hommes priant avec ferveur, dans une cathédrale, un Dieu qui n'etait pas le leur...
- Les combats se poursuivent dans le Nord de la France
Mais la guerre n'etait pas finie. Il fallait completer les effectifs qui avaient été mis jusque là durement à mal par la campagne de Provence. Puis ce fut la campagne des Vosges et celle de l'Alsace. Cette dernière fut la plus rude, autant pour les Goumiers que pour les Alsaciens. Les Allemands considérant cette province comme faisant partie du Reich, ils étaient bien décidés à la défendre coute que coute. De plus, les Goumiers fraîchement arrivés n'étaient plus les hommes qui s'étaint battus en Italie et en Provence. En grande majorité, il s'agissait de jeunes empreints d'un fanatisme guerrier qui considérait l'Alsace comme territoire Allemand et donc propice au pillage. Les officiers des Goums avaient même du mal à se faire obéir et de nombreuses rixes à l'arme blanche opposait Goumiers et Tirailleurs Nord-Africains. On vit de nombreux actes de pillages se produire, ce qui entacha la réputation que les Goumiers s'étaient faite en Provence.
- La fin de la seconde guerre mondiale
Les Goumiers treminèrent la guerre à Linz en Autriche, l'armistice du 8 mai 1945 venant terminer une guerre à l'Ouest assez sanglante. Les pertes des Goumiers étaient considérables, mais ceux-ci ne déploraient que deux prisonniers dans toute la seconde guerre mondiale !
Ils furent rapatriés après les combats vers le Maroc, où ils ont été peu à peu remis à la vie civile. A leur arrivée, on les désarma de force, et ces hommes couverts d'honneurs et de blessures durent se soumettre aux brimades des douaniers venus les fouiller et les désarmer. Jacques Augarde, auteur du livre Tabor (voir la rubrique «Quelques Livres») répondra à un gendarme lui disant qu'il faisait son métier: «Vous faites un bien joli métier, monsieur» . Mais ce n'était qu'un détail sans grande importance et les Goumiers retrouvèrent bientôt leurs douars (agglomération de tentes) couverts d'honneurs avec de nombreuses histoires à raconter.
- En Indochine: de 1948 à 1954
Mais déjà une autre guerre éclatait. La France cherchait à maintenir son emprise coloniale en Indochine. Celle-ci avait été mise à mal par les Japonais et Ho Chi Minh lançait des actions de plus en plus nombreuses. Il fallait à tout pris former un corps expéditionnaire capable d'intervenir en Extrême Orient. Bien sûr on recruta des Goumiers. Ainsi furent créés les GTMEO, ou Groupements de Tabors Marocains d'Extrême Orient (voir les insignes à la rubrique «Insignes»). Ils furent de tous les combats: de nombreux Goums furent anéantis sur la RC4 (Route Coloniale 4). Ils partirent en opération dans les rizières et se se sont bien sûr battus à Diên Biên Phu. Ils furent alors alors encerclés, mais nombreux refusèrent de se rendre. Le 5e Tabor décida de briser l'encerclement et, officiers en tête, chargèrent en chantant la Chehada (prière des morts chez les Musulmans). Une dizaine seulement reussit à re gagner les lignes françaises.
Ceux qui sont faits prisonniers par le Viet Minh sont envoyés dans les camps de «redressement». En effet, le Viet Minh tentera, grace à des menées subversives d'inculquer aux prisonniers originaires des colonies les principes du communisme et de la révolution armée. Si ce système marche chez certains, il n'est que très peu suivi chez les Goumiers. En effet, ceux-ci décident, malgré quelques infines défections, de rester fidèles à la France. Ils iront même jusqu'a faire parvenir à leurs officiers, victimes de brimades dans les camps de repression, de la nourriture et à laver leur linge. Les officiers des Goums seront systématiquement aidés par leurs hommes pour survivre dans cet enfer.
- Sur le chemin du retour (Algérie-Tunisie, 1954-1956)
Mais la bataille la plus rude est celle que les Goumiers allaient mener en retrant au Maroc.
Texte: Philippe D.
Webmaster: Le Goumier Saïd
|
|